Le début de la fin!!!
Le printemps s'exprime aussi beaucoup plus rapidement sur la planète, comme l'a révélé une impressionnante étude de l'Université de Munich qui, sur une période de 30 ans, a étudié 542 plantes et 19 espèces animales réparties sur 21 pays. Les phénomènes associés au printemps, comme la floraison ou la feuillaison, gagnent en moyenne près de trois jours par décennie!
Si l'automne s'éternise et que le printemps s'exprime de façon plus précoce, la période d'hiver diminuera. Nous avons pu corroborer cette hypothèse lors de notre dernier séjour en Antarctique, en analysant les températures hivernales des 51 dernières années: juin, le premier mois d'hiver austral, a vu ses températures moyennes grimper de 6 C!
Le même phénomène s'observe maintenant à l'autre extrémité de la planète, en Arctique. Au Nord, là où le réchauffement de la planète s'exprime de façon spectaculaire, les scientifiques suivent la fonte progressive de la banquise arctique. La tendance est connue, et les images satellitaires confirment, année après année, l'important recul de la calotte glaciaire.
En se basant sur les observations des dernières décennies, les scientifiques peuvent prédire la perte annuelle moyenne qui s'établit normalement à environ 50 000 kilomètres carrés de glace, soit la superficie de la Nouvelle-Écosse.
Or, cette année, la banquise de l'Arctique a déjoué tous les modèles climatiques: plus d'un million de kilomètres carrés de glace se sont liquéfiés sous le regard stupéfait des scientifiques.
En une année seulement, la banquise arctique a perdu un volume de glace équivalant à la perte prévue pour les 10 ou 15 prochaines années. La machine climatique s'emballe beaucoup plus rapidement que ce que les modèles climatiques prévoyaient.
La blanche banquise agit comme un miroir et réfléchit jusqu'à 90% des rayons du soleil. La fonte accélérée de cette surface réfléchissante annule l'action miroir, et la chaleur s'accumule.
Sans glace protectrice, l'eau de mer absorbe et emmagasine jusqu'à 50% de l'énergie du soleil. Toute cette chaleur nouvelle retarde la formation de la banquise en hiver. Selon le Dr Louis Fortier, d'ArcticNet, la température de l'océan en Arctique est présentement 5 C au-dessus du point de congélation. Il n'y aura donc pas de banquise dans l'Arctique cette année avant un certain temps. L'hiver perd donc aussi du terrain au Nord.
Les effets de l'exceptionnelle fonte de l'année 2007 auront des répercussions à moyen terme. La banquise, plus mince en raison du court hiver, fondra plus vite lors du redoux printanier. L'Arctique vient d'entrer dans un inquiétant cercle vicieux.
Il existe donc une mémoire du système climatique, et le record de 2007 en appellera donc probablement d'autres au cours des années à venir. On prévoit déjà une augmentation des températures moyennes de l'Arctique qui pourraient atteindre plus de 7 C au cours du prochain siècle. L'impact du réchauffement de l'Arctique aura des conséquences directes sur nos vies, dans toutes les régions du pays et sur tous les continents de cette planète.
Sur notre planète bleue, l'eau domine nettement la terre. Vus de l'espace, nous ne sommes que des insulaires insouciants et, malgré les signaux envoyés par les pôles, nous refusons de nous adapter à cette nouvelle réalité. Placés devant les faits, nous cherchons à gagner du temps, trop obsédés par notre désir de croissance à tout prix.
Nous savons pourtant que le climat de notre planète, qui permet la vie telle que nous la connaissons, est contrôlé par la mer (les grands courants océaniques) et le ciel (les grands vents atmosphériques). Nous comprenons aussi maintenant comment les pôles influent sur les courants et les vents qui agissent directement sur ce climat. L'ignorance ne peut donc plus justifier l'insouciance et l'inaction, dans ce monde où tout est relié.
Les bouleversements climatiques observés un peu partout sur la planète sont en train de modifier l'équilibre des saisons. Certains peuvent se réjouir à l'idée de voir l'hiver reculer au profit des autres saisons, mais quel sera le prix réel de cette nouvelle insouciance? En matière de changement climatique, nous avons déjà franchi un point de non-retour: le réchauffement est bel et bien amorcé, et les impacts sur la biodiversité et les écosystèmes sont d'ores et déjà inévitables.
Quand les scientifiques tirent la sonnette d'alarme devant la fonte inquiétante de la banquise arctique, ils ne parlent pas d'une simple problématique locale. Nous savons maintenant que les répercussions de ces perturbations climatiques se feront sentir ailleurs, très loin, dans des endroits que nous habitons, que nous occupons. Il serait temps d'entendre l'appel des scientifiques, si nous voulons nous adapter aux inévitables changements.
Jean Lemire (Lapresse)

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